• Le 12 septembre 2018

Mais que fait la recherche ? Alors que la sixième extinction de masse perdure et s’accélère, les chercheurs en sciences de la conservation n’auraient toujours pas trouvé de solution pour protéger la biodiversité de notre planète. Pire, les chercheurs seraient trop pessimistes. Laurent Godet, chercheur CNRS au laboratoire Littoral, environnement, géomatique, télédétection (LETG - Université de Nantes / CNRS), et un chercheur de l’Institut des sciences de l’évolution de Montpellier (1) ont analysé près de 13 000 articles scientifiques publiés ces 15 dernières années pour établir un diagnostic de ce que propose la recherche en la matière. Selon eux, les solutions existent bel et bien, mais seraient contrariées par un manque de décisions politiques…

Protection de la biodiversité : des connaissances scientifiques mais un manque de décisions politiquesSelon l’étude publiée dans la revue Trends in Ecology and Evolution (10 septembre 2018) par deux chercheurs CNRS (1), les principales menaces qui pèsent encore sur la biodiversité sont en réalité connues depuis 40 ans, surnommées "les quatre grands maux" : trop forte exploitation des ressources (surchasse ou surpêche par exemple) ; fragmentation de l’habitat des espèces ; introduction d’espèces invasives et enfin extinctions en chaîne. S’y ajoutent les changements climatiques qui, aujourd’hui, déséquilibrent encore plus les milieux naturels. La biodiversité "exotique" ne serait d’ailleurs pas la seule en danger. Des recherches ont également mis en évidence la chute de "populations" en Europe comme celles d’oiseaux dans les campagnes françaises.

Une recherche ni pessimiste, ni optimiste, juste réaliste

Mais la recherche est-elle si pessimiste pour autant ? Ni pessimiste ni optimiste, juste réaliste selon les deux chercheurs CNRS. L'étude montre que les propositions de solutions durables et compatibles avec les activités humaines ne manquent pas. Mais si les scientifiques savent ce qu’il est possible de faire, le frein majeur réside plutôt dans la demande de compromis toujours plus favorables à l’exploitation plutôt qu’à la conservation, malgré des recommandations scientifiques.

(1) Laurent Godet du laboratoire Littoral, environnement, géomatique, télédétection (Université de Nantes/CNRS/EPHE/Université de Bretagne occidentale/Université Caen Normandie/Université d'Angers) et Vincent Devictor de l’Institut des sciences de l’évolution de Montpellier (CNRS/IRD/EPHE/Université de Montpellier)


Ecoutez l'interview de Laurent Godet dans l'émission "La Tête au Carré" sur France Inter (11 septembre 2018)